
Trois adresses provençales et une niçoise — que nous prenons plaisir à décrypter ici en regard de nos propres demeures alsaciennes — illustrent chacune à leur manière ce qu'un bâti ancien bien compris peut offrir à un séjour de charme.
Trois villages perchés pour matière première
À Crillon-le-Brave, autour de l'église, une dizaine de bâtisses des XVIIe et XVIIIe siècles enlacées de vigne vierge se sont réunies en un hôtel cinq étoiles unique en son genre. On y compte 26 chambres et 17 suites signées par le décorateur Charles Zana, où les tomettes anciennes dialoguent avec une décoration contemporaine en lin et matières naturelles. Ce qui retient particulièrement notre œil, c'est l'installation du Spa des Écuries: les voûtes du XVIIIe siècle portent encore, et c'est sous ces arches que l'on trouve aujourd'hui hammam, sauna, jacuzzi, bains froids et deux piscines tournées vers le Ventoux.
À Méthamis, à 25 km de Gordes, une bastide du XVIIe siècle perchée sur un promontoire rocheux accueille une maison d'hôtes aux deux gîtes et cinq chambres. Le mobilier vintage, industriel et contemporain y est chiné dans les brocantes de la région, et la piscine à débordement s'abrite des remparts. À Sault enfin, perché à 800 mètres d'altitude en périphérie des parcs naturels du Ventoux, des Baronnies et du Luberon, le Domaine du Val de Sault — un quatre étoiles repris en 2024 par Jean et Julie Launay — aligne vingt chambres et suites, avec baies vitrées et terrasses ouvertes sur les champs de lavande et le géant de Provence.
Le couvent niçois qui prouve qu'on peut tout sauver
À l'autre bout de la région, l'Hôtel du Couvent, à Nice, vient d'être confirmé pour la deuxième année consécutive au classement World's 50 Best Hotels — 38e cette année, après son entrée en 2025. L'établissement a par ailleurs reçu le Johnnie Walker Art of Design Award, et figure parmi les six maisons françaises du palmarès mondial. Ce qui nous parle, en tant qu'observatrice du patrimoine, c'est le destin du lieu: un couvent fondé en 1604 par les clarisses, occupé ensuite par les visitandines jusqu'aux années 1980, classé monument historique en 1989, puis tombé dans l'abandon. Il a fallu près de dix ans de chantier conduits par Valéry Grégo, fondateur du groupe hôtelier Perseus, avec Studio Mumbai, Studio Méditerranée et l'agence Festen, pour faire renaître l'édifice en hôtel cinq étoiles inauguré en juin 2024 — sans rien céder de l'âme monastique du bâtiment.
Trois réflexes à garder pour nos demeures alsaciennes
Pour qui choisit un hébergement de charme dans une région au bâti ancien — qu'il s'agisse des Vosges, du Ried ou de la route des vins —, ces adresses provençales et niçoises rappellent trois réflexes utiles.
D'abord, interroger la matérialité. Une maison à colombages, une bâtisse en grès ou un corps de ferme en torchis du XVIIIe ne se rénove pas de la même façon: les murs respirent différemment, et l'inertie thermique varie d'un terroir à l'autre. Demandez toujours quels matériaux ont été conservés et lesquels ont été remplacés lors des travaux.
Ensuite, regarder la lumière. Dans les bâtisses anciennes, les ouvertures étaient souvent réduites pour préserver la chaleur ou se protéger des vents. Un hébergement qui maintient de grandes baies vitrées — comme à Sault — a probablement repensé toute l'enveloppe, du mur aux menuiseries.
Enfin, se renseigner sur le bâti porteur. Les voûtes du XVIIIe siècle de Crillon-le-Brave ne sont pas un décor: elles sont la structure même du bâtiment. Tout spa, toute piscine, toute chambre installée dans un édifice ancien mérite qu'on vérifie que les charges ont été pensées avec un architecte du patrimoine, et non simplement signées par un décorateur.
Voilà ce que ces adresses du sud nous enseignent, à nous qui aimons dormir dans les pierres: le charme véritable ne tient pas à la décoration, mais à la matière qui reste.