
L'espace est né de la transformation de l'ancien restaurant gastronomique Récif en un appartement de 260 m² — 135 m² à l'intérieur, 125 m² en terrasse — avec sa propre entrée et une vue imprenable sur la Méditerranée. Pour qui s'intéresse aux lieux d'hospitalité où la matière raconte l'histoire du bâti, c'est une métamorphose à décrypter.
Une reconversion qui respecte la mémoire du lieu
Ce qui frappe d'abord, c'est le parti pris d'inscrire la transformation dans la mémoire constructive du bâtiment. L'enveloppe en béton puise ouvertement son inspiration dans le répertoire sculptural de Richard Serra, offrant à la suite une présence minérale affirmée face à la mer. À ses pieds, le sol se couvre de carreaux de terre cuite — un choix qui n'a rien d'innocent: la terre cuite réchauffe l'ensemble, dialogue avec les tonalités du littoral et rappelle la tradition provençale des sols. La terrasse de 125 m², agrémentée d'un bassin, prolonge le volume habitable et invite à vivre dehors comme dedans, dans cet appartement en toit-terrasse suspendu au-dessus de l'eau.
La démarche s'inscrit comme un prolongement explicite de l'architecture initiale de l'hôtel, signée par le duo Festen. En convertissant une salle de restaurant en espace privatif, Beaumier et A.S.L Architecture inversent le rapport à l'hospitalité: là où le Récif offrait une table ouverte sur le dehors, la nouvelle suite propose un refuge tourné vers l'intime, sans rien céder à la lumière ni à l'horizon marin.
Une curation qui assume l'héritage moderniste
Le mobilier mérite qu'on s'y arrête. La pièce maîtresse du salon est le canapé DS-600, qui dialogue avec celui du lobby de l'hôtel — un fil discret entre les espaces, signature d'une cohérence visuelle soignée. Autour de cette assise, gravitent des créations de Pierre Chapo et Charlotte Perriand, ainsi qu'une applique murale de Guy Bareff: une sélection qui assume l'héritage moderniste sans reconstituer un décor nostalgique. La composition se veut sobre, épurée, attentive à laisser respirer chaque pièce.
La suite, qui compte deux chambres et une grande pièce de vie, peut également accueillir des événements privés et des cocktails — un usage hybride qui prolonge l'esprit d'hospitalité originel du lieu.
Deux adresses pour découvrir le site sans y séjourner
Le Récif n'existe plus, mais l'hôtel compte aujourd'hui deux tables complémentaires qui valent à elles seules une halte sur la côte varoise. La Chicoula, guinguette installée sous la pinède, propose pizzas, salades fraîches et club sandwich dans une atmosphère détendue. Estelo, face à la mer, déroule un menu inspiré de la Provence autour d'une vue plongeante sur le large. Pour les amateurs de demeures et d'établissements qui savent faire dialoguer architecture et matériaux, Les Roches Rouges mérite d'être inscrit à l'itinéraire — fut-ce pour un simple déjeuner.